Arrêt maladie : identifier une pathologie pour se faire arrêter dans le cadre professionnel

93 % des maladies professionnelles reconnues chaque année en France concernent des troubles musculo-squelettiques, loin devant les cancers ou les accidents du travail. Ce chiffre brut, souvent ignoré, révèle la réalité d’un monde du travail où la pathologie n’est jamais anodine et où l’arbitrage administratif façonne des vies entières.

Maladie professionnelle : de quoi parle-t-on exactement ?

La maladie professionnelle n’est pas un accident de parcours isolé. Elle s’installe, se développe, à force de contacts répétés avec un risque présent dans le quotidien professionnel. Le code de la sécurité sociale définit cette notion, s’appuyant sur des tableaux de maladies professionnelles. Ces listes officielles précisent les maladies reconnues, mais aussi les critères d’exposition à respecter pour obtenir une prise en charge.Trouver sa pathologie dans ces tableaux, c’est ouvrir la porte à la reconnaissance. On y retrouve des troubles respiratoires, des dermatoses, certains cancers, ou encore des maladies psychiques comme le burn out, même si ce dernier fait encore l’objet de débats entre partenaires sociaux et institutions comme l’OMS ou l’INRS. Le fil conducteur : établir un lien direct, indiscutable, avec l’environnement de travail. Pour chaque pathologie, le tableau détaille le type de risque, le délai de déclaration et les secteurs d’activité concernés.

Pour qu’une maladie soit reconnue, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Le salarié doit être exposé au risque spécifié par le tableau
  • Les symptômes doivent survenir dans le délai prévu
  • La maladie doit correspondre strictement à la description officielle

L’assurance maladie s’appuie sur ces éléments pour décider du sort du dossier. Une maladie professionnelle reconnue donne accès à des indemnisations spécifiques et à une protection particulière. D’après l’INRS, on dénombre plus de 50 000 cas chaque année dans l’Hexagone. Quant au burn out, s’il fait couler beaucoup d’encre, il tarde à passer la barrière du statut officiel.

Quels critères permettent de reconnaître une pathologie liée au travail ?

La maladie professionnelle ne se décrète pas. Le législateur a balisé le terrain avec les tableaux maladies professionnelles du code de la sécurité sociale. Y figurer revient à franchir le premier obstacle. Ces tableaux ne laissent rien au hasard : pathologies concernées, délais de manifestation, conditions d’exposition, tout est cadré.Mais il arrive qu’une pathologie ne soit pas répertoriée. Le dossier prend alors la direction du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce collège d’experts plonge dans le dossier, cherche à établir le lien entre travail et maladie. Dans la majorité des situations, l’avis du médecin du travail est déterminant : il décrit l’environnement professionnel, précise les expositions, détaille l’évolution des symptômes. L’INRS le rappelle : sans cette expertise, la reconnaissance s’avère difficile.

Trois grands critères orientent la reconnaissance des maladies professionnelles :

  • La maladie est listée dans un tableau, et toutes les conditions d’exposition sont remplies
  • Si ce n’est pas le cas, une expertise du CRRMP doit prouver un lien direct et majeur avec le travail
  • Le salarié présente des justificatifs médicaux solides, appuyés par l’avis du médecin du travail

Le code du travail et la sécurité sociale servent de cadre à cette procédure. Délais de déclaration, qualité du dossier, précision des preuves : chaque détail compte. La reconnaissance dépend d’une alchimie complexe entre médecine, administration et réalité du terrain.

Les démarches à suivre pour faire reconnaître une maladie professionnelle et obtenir un arrêt

Tout commence généralement chez le médecin traitant. Face à des symptômes qui s’installent, il pose son diagnostic, rédige un certificat médical initial et prescrit un arrêt maladie. Dès lors, la machine administrative se met en route : le salarié doit transmettre rapidement ce certificat à la CPAM (caisse primaire d’assurance maladie).Il faut ensuite compléter le formulaire de déclaration fourni par la sécurité sociale, accompagné de tous les justificatifs nécessaires : attestations, historique des expositions, description des tâches, éléments du DUER (document unique d’évaluation des risques). L’employeur reçoit une notification et dispose de dix jours pour formuler d’éventuelles réserves. Pendant ce temps, la CPAM instruit le dossier.La phase d’instruction peut s’étendre sur plusieurs mois. La caisse sollicite le médecin du travail, analyse le dossier, consulte au besoin le CSE (comité social et économique) et le service de santé au travail. Lorsque le lien entre maladie et activité professionnelle semble incertain, le CRRMP prend le relais pour trancher.Pendant l’arrêt, le salarié touche des indemnités journalières versées par l’assurance maladie, sous réserve de respecter les conditions prévues par le contrat de travail et la réglementation. Un dossier complet, des pièces médicales précises : voilà ce qui accélère la procédure et favorise la reconnaissance.Medecin examinant un patient dans un cabinet médical

Refus de reconnaissance : quelles solutions et recours pour les salariés ?

Un refus de reconnaissance de maladie professionnelle n’a rien d’exceptionnel. Des centaines de salariés voient chaque année leur demande rejetée par la CPAM, souvent parce que la preuve manque ou que la maladie ne figure pas dans les tableaux de maladies professionnelles. Face à ce mur, il reste la voie du recours maladie professionnelle.

Voici les recours possibles si la reconnaissance est refusée :

  • La commission de recours amiable (CRA) de la sécurité sociale permet de contester la décision en adressant un courrier motivé, accompagné de nouveaux éléments, dans les deux mois suivant le refus. La commission répond généralement sous un mois.
  • Si la situation n’évolue pas, il est possible de saisir le tribunal judiciaire pôle social (ancien TASS). Certains salariés choisissent l’accompagnement d’un avocat spécialisé ou l’appui d’un syndicat, surtout dans les dossiers complexes : faute inexcusable de l’employeur, contestation d’inaptitude, demande d’indemnisation complémentaire ou de rente AT/MP.
  • Quand la maladie professionnelle conduit à une rupture du contrat de travail après une inaptitude, le conseil de prud’hommes peut aussi intervenir pour examiner le litige. Les solutions existent, du reclassement à la réparation financière.

Au-delà de l’aspect financier, la reconnaissance d’une maladie professionnelle pèse sur le parcours professionnel, l’accès à la formation ou la possibilité d’un reclassement. Refuser de baisser les bras, c’est garder la main sur son avenir malgré l’épreuve, et ne pas laisser l’administration décider seule du sort d’une vie active.

Plus d’infos