Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir sur les listes dressées par les mouvements de boycott : en marge des appels, certaines marques passent sous le radar tandis que d’autres se retrouvent sur la sellette pour un simple partenariat ou une rumeur persistante. Loin des raccourcis, la réalité commerciale se réinvente au gré des tensions et des révélations, bousculant à chaque fois les certitudes sur ce qu’implique vraiment “acheter”.
Sur le marché mondial, l’absence de certaines enseignes dans les campagnes de boycott intrigue. Parfois, c’est une question de stratégie juridique, parfois le manque de preuves concrètes qui maintient des géants hors du viseur. En revanche, d’autres noms s’y retrouvent pour des liens ténus, mais jugés significatifs par les initiateurs de ces mouvements.
Pourquoi certaines marques se retrouvent au cœur des appels au boycott liés à la Palestine
Appeler au boycott, ce n’est pas un geste anodin. Depuis 2005, le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) structure une contestation internationale contre la colonisation des territoires palestiniens et l’extension des colonies israéliennes. Ceux qui soutiennent la campagne dénoncent aussi un système assimilé à un apartheid israélien. Pour eux, il s’agit de dénoncer le non-respect du droit international, le soutien, direct ou non, à la politique menée par Israël, ou une implication dans les colonies illégales et les infrastructures militaires.
Le choix des entreprises ciblées n’est jamais laissé au hasard. Les entreprises israéliennes installées en Cisjordanie ou les grandes sociétés internationales qui investissent dans des filiales actives dans les colonies deviennent rapidement des symboles de cette contestation. Banques, groupes alimentaires ou géants de la technologie sont souvent accusés de profiter, d’une manière ou d’une autre, d’une situation que les défenseurs des droits humains jugent inacceptable.
Voici les principales raisons qui reviennent dans ces campagnes :
- Des investissements dans des entreprises israéliennes opérant au sein des colonies
- La fourniture de produits ou de services à l’armée israélienne
- Des partenariats avec des institutions financières impliquées dans la colonisation
En France aussi, le sujet s’invite dans le débat public. Certaines entreprises tricolores voient leur nom circuler, accusées de liens, directs ou indirects, avec l’économie des colonies. Mais à chaque appel au boycott, la même question refait surface : à partir de quand une entreprise devient-elle complice d’un conflit qui traverse les décennies ?
Quels sont les grands noms et produits visés par le boycott aujourd’hui ?
La liste des marques à boycotter évolue constamment, au gré des rapports et des prises de position des associations. Le mouvement BDS concentre son action sur les entreprises israéliennes impliquées dans les colonies illégales, mais aussi sur des groupes mondiaux accusés de soutenir la politique israélienne, parfois de façon indirecte.
Dans l’univers de la grande distribution, Carrefour cristallise les crispations depuis son partenariat en Israël. Sa commercialisation de produits israéliens, fruits, légumes, avocats, dattes, alimente la polémique et encourage les appels à la vigilance. Autre exemple, Teva, poids lourd du médicament générique, attire l’attention en raison de ses origines israéliennes et de sa place dominante sur le marché.
Côté finance, Axa se retrouve régulièrement sur la sellette pour ses participations dans des banques israéliennes qui financeraient des projets en territoires occupés. Les dossiers sont souvent complexes, les ramifications multiples, mais la pression ne faiblit pas sur l’assureur.
Le secteur technologique n’est pas épargné. Plusieurs rapports mentionnent Motorola Solutions et Hewlett Packard pour la fourniture d’équipements à l’armée israélienne ou à des infrastructures de surveillance. Difficile, dès lors, de mesurer l’impact concret du boycott, tant ces technologies imprègnent le quotidien.
Dans l’alimentaire, Nestlé continue de susciter des interrogations en raison de ses choix passés en Israël, tandis que Coca-Cola se retrouve ponctuellement sur certaines listes. Loin de s’arrêter aux entreprises israéliennes, les appels au boycott révèlent la complexité d’une économie mondialisée, où les circuits d’investissement et de production se croisent et s’entremêlent.
Zoom sur les liens entre ces entreprises et le conflit israélo-palestinien
Les liens entre les entreprises ciblées et le conflit israélo-palestinien s’entremêlent à plusieurs niveaux. Certaines, comme Teva ou des sociétés technologiques, fournissent directement ou indirectement l’armée israélienne en services ou en équipements. Les dispositifs de Motorola Solutions ou d’Hewlett Packard, selon des ONG, sont utilisés pour contrôler la population palestinienne, surveiller les checkpoints ou sécuriser les colonies. La frontière entre usage civil et militaire devient floue.
D’autres entreprises, à l’image d’Axa, sont mises en cause pour leur participation financière dans des banques israéliennes qui financent des projets en Cisjordanie ou sur le plateau du Golan. Même minoritaires, ces investissements nourrissent la campagne internationale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), visant à couper les soutiens financiers qui alimentent la colonisation, en contradiction avec le droit international.
La grande distribution est aussi concernée. Avec sa présence en Israël et la vente de produits issus de colonies, Carrefour focalise les critiques. Les militants s’appuient sur la traçabilité des produits pour mettre en avant les liens économiques qui relient certains rayons à la Palestine occupée.
Dans ce contexte, la responsabilité des entreprises françaises et internationales se mesure à l’aune de leurs réseaux commerciaux, logistiques ou financiers avec des acteurs impliqués dans la gestion des territoires occupés ou le soutien à l’armée israélienne. Directement ou via des partenaires, la question de leur engagement reste au cœur du débat sur la légitimité des campagnes de boycott.
Choisir ce que l’on consomme : quels enjeux éthiques derrière le boycott ?
Faire ses courses, choisir une marque ou détourner le regard d’une enseigne : des actes banals en apparence, mais porteurs de sens lorsque la consommation devient un terrain d’engagement. Les consommateurs se posent de plus en plus en citoyens du monde, questionnant la provenance des produits, les pratiques des entreprises et leur rôle dans les conflits internationaux. S’engager dans le boycott de certaines marques ou services s’inscrit dans cette logique, où la responsabilité individuelle croise les débats sur le droit international et les droits de l’homme.
Active en France, la campagne internationale BDS revendique l’utilisation du boycott pour faire pression sur les entreprises jugées complices de la politique israélienne en Palestine. Ce choix ramène à une interrogation de fond : jusqu’où l’acte d’achat doit-il porter une dimension éthique ? Entre dénonciation de l’apartheid israélien et volonté de ne pas soutenir la colonisation, la consommation prend un caractère politique.
À l’inverse, certains préfèrent opter pour le buycott, orientant leurs achats vers des entreprises considérées comme vertueuses, engagées pour les droits humains ou transparentes sur leur chaîne de production. L’idée : faire de chaque euro dépensé un geste qui compte, et transformer le marché en levier d’action. Mais la réalité est moins simple. Accéder à une information fiable sur les pratiques des entreprises reste un défi de taille.
Quelques dilemmes reviennent régulièrement dans cette dynamique engagée :
- Le choix du boycott soulève des interrogations : quelles conséquences pour les populations locales ? L’efficacité économique est-elle réelle ? Le risque de stigmatisation existe-t-il ?
- Face à l’opacité des circuits, beaucoup se fient aux listes publiées par des ONG ou des collectifs, que ce soit en France ou ailleurs.
La consommation militante interroge donc la capacité de chaque citoyen à faire bouger les lignes, dépassant le cadre du vote ou de la manifestation pour s’inviter jusque dans les rayons du supermarché. Choisir ce que l’on finance, c’est aussi choisir le monde que l’on veut voir demain.


